Les huit marches vers le bonheur de Henepola Gunaratana

Selon la tradition, le Bouddha a révélé 4 vérités. La 4ème de ces vérités correspond au Sentier octuple, c’est-à-dire les huit marches qu’Henepola Gunaratana explique en détails dans son livre.

Le sentier octuple est composé de 8 habitudes : 

La sagesse
1. La compréhension juste
2. La pensée juste

L’éthique
3. La parole juste
4. L’action juste
5. Les moyens d’existence juste

La concentration
6. L’effort juste
7. L’attention juste
8. La concentration juste

2. La pensée juste

« La pensée juste consiste à abandonner les pensées négatives, telles que la convoitise, la haine et la cruauté, et à  les remplacer par des pensées saines, telles que le lâcher-prise, l’amitié-bienveillance et la compassion. Ces pensées habiles agissent comme des antidotes de l’obsession et de l’inquiétude et nous font progresser sur le chemin du bonheur permanent. »

2.1 le lâcher-prise

Le lacher prise est l’opposé du désir et de l’attachement. Il faut lacher prise de nos possessions, relations, croyances,  opinions et même attachement à notre propre esprit et à notre propre corps. Mais ce dont il faut lâcher prise en réalité c’est l’idée d’en être possesseur. 

2.1.1 La générosité matérielle

« La meilleure manière de donner est de ne rien attendre en retour, pas même un merci. » On peut donner de ses biens matériels, de son temps, ou partager les enseignements du Bouddha. 

2.1.2 l’attachement aux personnes, aux croyances et aux experiences

L’attachement est une forme de « possessivité jalouse et obsessionnelle ». « Dans les relations humaines, la générosité consiste à faire confiance à l’autre, à lui permettre de jouir d’espace, de liberté et de dignité. » 

« Posséder, s’attacher, s’accrocher à quoi que ce soit rend la vie plus douloureuse. Utiliser un bien matériel sans s’attacher nous évite d’avoir le cœur brisé lorsqu’il est perdu, cassé ou volé. De même, nous cramponner à nos familles et amis ou à notre sens d’une identité personnelle – mon titre, ma profession, l’histoire de ma famille, ma position dans le monde – conduit à la souffrance, quand, inévitablement, ces concepts se dissolvent. Lorsque nous ne nous attachons pas, notre esprit est toujours en paix. »

« grâce à la pratique solitaire de la vision intérieure, nous renforçons notre capacité à être en compagnie des autres, sans nous attacher. » « A mesure qu’on se  défait de l’attachement, on apprend à vivre avec les autres, tout en maintenant un état d’esprit stable, solidement fondé. Le nom de cet état d’esprit est « renoncement ». »

« Le lâcher prise demande aussi que nous renoncions a l’attachement à nos croyances, opinions et idées. »

Au final il faut lâcher-prise de tout, même des pensées saines, même des enseignements du Bouddha. 

2.1.3 Traiter la peur

« Quand nous commençons à pratiquer l’attention au lacher prise, nous nous heurtons souvent à la peur. Elle apparait a cause d’un attachement mal assuré, émotionnel ou avide aux idées, concepts, sensations ou objets physiques, y compris à notre propre corps. Elle peut aussi naître de ce que nous ne comprenons pas, ou quand l’issue d’une situation est incertaine. »

  1. Il faut observer ses propres états mentaux.
  2. Puis les categoriser.
  3. Pour contrer les pensées négatives liées à la peur, nous pouvons alors penser à des faits positifs et réconfortants. Alors on pratique l’attention en action. 
  4. L’auteur propose alors de pratiquer l’introspection (Cf encadré ci-dessous ou voir p.102).

L’introspection :
Examiner les situations passées où la peur nous a fait agir maladroitement.Prendre la résolution de rester attentif et de ne pas laisser la peur nous faire agir de la meme manière. Revenir a la meditation. Accepter que les pensées de peur reviendront de temps en temps. Avec le temps nous parviendrons a ignorer le contenu de ces pensees pour simplement les observer puis les voir partir, quelle que soit leur intensité.

La peur n’est qu’un état mental naturel qui vient et part et qui est sans substance. Lorsqu’on comprend cela, notre attitude face à cet état mental change et commence à se détendre. Il en va de même pour tous les états mentaux négatifs.

« Votre pratique de la Vision Intérieure vous a enseigné que ce ne sont pas les états mentaux eux-mêmes qui vous mettent mal à l’aise, mais votre attitude à leur égard. Peut-être pensez vous que ces états font partie de votre propre personnalité, de votre propre existence. Alors, vous essayez de rejeter ceux qui sont désagréables, comme s’il s’agissait de corps étrangers. Mais en réalité, vous ne pouvez pas en rejeter un seul, parce qu’ils ne sont pas vôtres pour commencer. Votre meilleure stratégie consiste à soutenir l’observation ininterrompue de votre esprit, sans réaction d’attirance ni d’aversion envers tout ce qui apparaît, mais en travaillant habilement à libérer l’esprit de tous les états malsains. »

2.2 L’amitié-bienveillance

« Penser de manière juste ou habile signifie que nous remplaçons les pensées de colère ou d’hostilité par des pensées d’amitié-bienveillance. »

« Bien que la graine de l’amitié-bienveillance soit en nous tous, nous devons faire l’effort de la cultiver. Quand nous sommes rigides, étriqués, tendus, anxieux, pleins de soucis et de craintes, notre capacité naturelle l’amitié-bienveillance ne peut pas fleurir. Pour cultiver la graine nous devons apprendre à nous détendre. Dans un état d’esprit paisible, comme celui qui est obtenu par la méditation de la vision intérieure, nous pouvons oublier nos différends passés avec les autres, pardonner leurs fautes, leurs faiblesses et leurs offenses. Alors, l’amitié-bienveillance grandit naturellement en nous. »

« Habituellement notre esprit est plein de conceptions, d’opinions, de croyances, d’idées. Nous avons été conditionnés par notre culture, nos traditions, notre éducation  nos fréquentations et nos expériences. A partir de ces conditions mentales, nous avons avons développé préjugés et jugements. Ces idées rigides étouffent notre bienveillance naturelle… A mesure que nous apprenons à nous détendre et à laisser partir la négativité nous commençons à reconnaître nos partis pris et à ne pas les laisser nous dominer. Alors, la pensée de l’amitié-bienveillance commence à briller et à manifester sa véritable force et sa vraie beauté. »

« Votre pensée bienveillante inclut non seulement tous les êtres tels qu’ils sont actuellement, mais elle comporte également votre souhait que, tous, sans aucunes discrimination ni aucun favoritisme, soient heureux dans le futur illimité. » 

2.2.1 Aimer vos ennemis

« Une personne dont lesprit est plein de problèmes peut nous offenser ou nous blesser. Nous appelons cette personne in « ennemi ». Mais en réalité, il n’existe personne qui soit un ennemi. C’est l’état d’esprit négatif de la personne qui nous cause des problèmes. Or, la Vision Intérieure que les états d’esprit sont impermanents. Il sont temporaires, amendables et adaptables. »
« Sur le plan pratique, la meilleure chose que je puisse faire pour assurer ma propre tranquillité et mon bonheur est d’aider mes ennemis à surmonter leurs problèmes. Si tous mes ennemis étaient sans douleur, sans insatisfaction, sans affliction, névrose, paranoïa, tension ou anxiété, ils n’auraient plus de raisons d’être mes ennemis. Une fois libéréde le négativité, un ennemi est exactement comme nimporte qui d’autre – un merveilleux être humain. »

2.2.2 Traiter la colère 

Lorsque colère et haine nous consument, il n’y a pas de place pour la détente ou la paix. »Vous pouvez être sûr d’une chose : votre colère, en fin de compte, vous fait plus de mal qu’elle n’en fait à la personne qui en est l’objet. »La colere nous affecte physiquement et mentalement. Elle « nous rend misérable. » Elle perturbe également nos relations car tout le monde essaye d’éviter les gens en colère.
Comment faire un travail sur la colère ?

  • Prendre la décision de se retenir d’agir sous l’influence de pulsions coléreuses
  • Réfléchir aux conséquences d’une action réalisée dans un état de colère
  • La patience est sans doute une des meilleures réponses dans cette situation. Elle permet de prendre le temps nécessaire pour agir de manière juste.
  • Pratiquer l’amitié-bienveillance 

« A mesure que votre  conscience de vos états mentaux s’accroît, vous vous rendez de plus en plus rapidement compte que vous êtes en train de vous mettre en colère. Alors aussitôt que des pensées coléreuses apparaissent, vous pouvez commencer à utiliser les antidotes de la patience et de l’attention. Vous devriez également saisir toutes les occasions de réparer les actions effectuées sous l’emprise de le colère. »

2.3 La compassion 

« La compassion est un émoi du cœur à la pensée des souffrances d’une autre personne. C’est une saine réaction spontanée, associée au souhait de soulager la douleur de celui qui souffre. »

« La compassion nécessite un objet. Pour la cultiver vous devez réfléchir à la souffrance que vous avez personnellement éprouvée, remarquer celle des autre et mettre intuitivement en correspondance vos propres expériences douloureuses et les leurs. »

« La compassion et l’amitié-bienveillance s’épaulent mutuellement. Lorsque vous êtes plein d’amitié-bienveillance, votre coeur est ouvert et votre esprit suffisamment clair pour percevoir la souffrance des autres. » « Chaque jour nous avons de nombreuses occasions de pratiquer la compassion, et pourtant, souvent, nous trouvons cela difficile. Pourquoi ? La réponse est que la douleur – même celle des autres – est dure à supporter. Pour l’éviter, nous nous éloignons, nous nous fermons, nous devenons insensibles et rigides. La pratique de l’Attention nous aide à nous détendre et à nous ouvrir à tout ce que la vie offre. Lorsque nous permettons à notre esprit de s’adoucir et à notre coeur de s’ouvrir, la source profonde de la compassion peut s’écouler librement. » 
« Nous avons également besoin de compassion pour nous-mêmes… Quand vous examinerez attentivement votre esprit, vous découvrirez qu’il n’y a personne dans l’univers entier à qui vous teniez plus qu’à vous-mêmes. Il n’y a rien de mal à cela. En fait, la compassion envers soi-même est la base de votre pratique envers les autres. » 
« Vu de manière juste, se discipliner soi-même avec bienveillance et mesure est en réalité un aspect de la compassion envers soi-même.De plus il est impossible de pratiquer une véritable compassion envers les autres qui ne serait pas fondée sur la compassion envers soi-même. Si nous essayons d’agir avec compassion à partir d’un sentiment de médiocrité personnelle ou en croyant que les autres sont plus importants que nous, la source véritable de nos actions est notre aversion envers nous-mêmes et non la compassion envers les autres. De même, si nous proposons de l’aide à partir d’un froid sentiment de supériorité envers ceux que nous secourons, nos actions risquent en réalité d’être motivées par l’orgueil. La compassion véritable naît, comme nous l’avons vu, de la tendresse que notre coeur ressent pour nos propres souffrances, dont nous voyons alors le reflet dans la souffrance des autres. La compassion envers soi, fondée sur un sain amour de soi, nous pousse à sortir de nous-mêmes avec sincérité, pour apporter notre aide. »

« Pendant que nous sommes assis en méditation, nous devrions examiner comment nous agissons envers nous-mêmes et envers les autres… »

« Bien qu’il soit important pour nous de remarquer nos erreurs, de ressentir leurs effets, de prendre la résolutions de nous amender, l’auto-condamnation et les autres type d’autoflagellation ne sont d’aucune utilité pratique. Personne ne se sent en paix après avoir été réprimandé. »

« Il est important que tout étudiant du chemin du Bouddha se souvienne qu’il y a une différence entre observer l’esprit et le contrôler. Observer l’esprit avec une approche de douceur et d’ouverture, lui permet de se calmer… Essayer de le contrôler ne fait que provoquer un surcroît d’agitation et de souffrance. « 

« Nous pouvons ouvrir et détendre notre esprit. Rien de ce qui apparaît durant la méditation n’est un signe d’échec. Il n’y a qu’échec de l’observation. Si des pensées malsaines apparaissent et persistent, nous ne devons pas entrer en lutte avec elle ni nous fustiger. Nous devrions plutôt, calmement et avec compassion, exercer l’Effort juste, pour les surmonter et élever l’esprit.Personne n’est seulement mauvais. Dans le monde, nous avons tous les mêmes problèmes. Avidité, colère, jalousie, orgueil, mauvais jours, déceptions, impatience se produisent chez tous les êtres non éclairés. Lorsque nous prenons l’habitude de faire face avec compassion aux nombreux changements de l’esprit, il peut se détendre. Il nous est alors possible de voir avec plus de clarté, et nous continuons de progresser dans notre compréhension. »

Mettre en oeuvre la pensée juste

Lire p. 127 à 136

3. La parole juste