La permaculture

La permaculture est une manière de concevoir la vie humaine sur Terre. Elle se compose d’abord d’une morale c’est-à-dire un ensemble de valeurs qu’elle défend (appelé « éthique »). On trouve ensuite des « principes de conception » qui forment le cadre d’une démarche globale de conception. Au début il s’agissait de concevoir des jardins pour produire de la nourriture, mais rapidement ses créateurs et ses adeptes ont ouvert son champ d’application pour y inclure toutes les activités humaines. On trouve ensuite des méthodes de design. Enfin on trouve des techniques qui n’ont pas nécessairement été créées par les permaculteurs mais qui sont en accord avec sa morale et sa démarche.

On dit que la permaculture est une démarche systémique parce qu’elle inclut la nature et la planète toute entière dans ses valeurs morales, dans son approche et dans ses techniques.

1. Les principes éthiques de la permaculture

Pour qu’un permaculteur soit heureux, il doit vivre dans un monde où certaines lois naturelles sont respectées. Les trois grandes lois naturelles qui ont été identifiées et décrites par les fondateurs de la permaculture sont :

  • Prendre soin de la Terre (le vaisseau Terre, un sol vivant, la gestion de la terre, la biodiversité, les choses vivantes)
  • Prendre soin des Humains (le soin apporté à soi-même, le bien-être non matériel)
  • Fixer des limites à la consommation et à la démographie, et redistribuer les surplus (l’abondance et les limites de la nature, redistribuer les surplus)

Source :

Un permaculteur sera donc heureux s’il vit dans un monde où ces principes sont respectés. Ces principes, que les permaculteurs appellent « éthique de la permaculture » (ou principes éthiques) sont le « pourquoi », l’objectif que l’on souhaite atteindre.

Permaculture et systémique

Si ont réunis les humains et la terre dans un ensemble, on peut dire que cet ensemble est extrêmement complexe. Il est complexe parce qu’il y a énormément d’éléments à l’intérieur et que chaque élément est différent (c’est la complexité dite « de détail »). Cet ensemble est complexe également parce que les éléments qui le composent ne sont pas isolés les uns des autres mais ils sont en relation, ils interagissent les uns avec les autres. Et leurs relations sont nombreuses et difficiles à identifier et à comprendre. Par exemple une action réalisée à un instant donné peut avoir une conséquence très longtemps après, et aussi parce qu’une action réalisée à un endroit donné peut avoir une conséquence à un endroit situé beaucoup plus loin (c’est la complexité dite « dynamique »).

La systémique est une approche et des méthodes qui permettent de mieux travailler dans les ensembles complexes, ou « systèmes complexes ».

En permaculture on utilisera les principes de la systémique pour créer un système où chaque élément présent dans le système possède des interactions positives avec les autres éléments du système.

Les éléments sont considérés dans leur individualité, leur particularité, mais aussi dans leurs interactions les uns avec les autres. Il faut donc bien connaître chaque élément et l’influence qu’il peut avoir sur les autres tout comme l’influence des autres sur celui-ci.

Les plantes font partie du système, tout comme la terre, l’eau, le soleil et les animaux ou encore les micro-organismes qui y vivent. Et les humains aussi bien sûr. Il s’agit de créer un lieu où tout cela interagit positivement.

2. Les principes de conception

Il existe 12 pratiques aussi appelées principes (ou principes de conception). Ce sont des actions ou des grandes catégories d’actions qu’il faut réaliser pour pratiquer la permaculture concrètement. Il s’agit du « comment ».

Voici les 12 « principes de conception » de permaculture de David Holmgren (in Permaculture, Principes et pistes d’action pour un mode de vie soutenable, David Holmgren, 2002) :

  1. Observer et interagir
  2. Collecter et stocker l’énergie (l’eau, les sols, les arbres, les semences)
  3. Créer une production
  4. Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions
  5. Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables
  6. Ne pas produire de déchets
  7. Partir des structures d’ensemble pour arriver aux détails
  8. Intégrer plutôt que séparer
  9. Utiliser les solutions à de petites échelles avec patience
  10. Utiliser et valoriser la diversité
  11. Utiliser les interfaces et valoriser les éléments en bordure
  12. Utiliser le changement et y réagir, de manière créative

Voici 9 principes de conception selon Bill Mollison (in Introduction à la permaculture, 1997) :

  1. Prévoir l’efficacité énergétique de notre design
  2. Emplacement relatif
  3. Circulation d’énergie
  4. Effet de bordure
  5. Chaque élément doit remplir plusieurs fonctions (redondance fonctionnelle)
  6. Chaque fonction est remplie par plusieurs éléments (assurance fonctionnelle)
  7. Travailler avec la nature plutôt que contre elle
  8. Faire le plus petit effort pour le plus grand changement
  9. Le problème est la solution

3. Les méthodes de design en permaculture

La première chose est de savoir pourquoi. Pourquoi on design (to design = concevoir). Il nous faut des objectifs à atteindre. Et ces objectifs doivent être clairs pour tous les participants du projet. L’idéal est d’avoir des objectifs SMART : Spécifique, Mesurable, Acceptable, Réaliste, Temporisé.

Ensuite il faut connaître les contraintes et les opportunités. Les contraintes et les opportunités peuvent être liées aux habitants (ex : régime alimentaire…) et surtout au lieu lui-même et à son environnement. Pour les identifier il faut observer :

  • les secteurs :
    • environnement global
    • climats et microclimats
    • topographie
    • hydrologie
    • infrastructures
    • sol
    • végétation
    • animaux
    • usages
  • les zones de permaculture (de 0 à 5).

Attention, ces contraintes et opportunités peuvent varier en fonction d’événements comme les saisons, les crises climatiques, etc.

Ensuite, il faut se souvenir que l’on design dans un contexte complexe. Il est impossible de tout prévoir et de tout maîtriser car il y a une part importante d’incertitude. L’idéal est de commencer petit. Commencer petit permet d’obtenir rapidement des premiers résultats. Et de ces premiers résultats on peut tirer des enseignements (boucle d’enseignement : Faire – Mesurer – Apprendre) et on peut alors adapter et corriger son design (itérer).

Concevoir c’est d’abord faire un plan du projet et placer les éléments en tenant compte des contraintes et des opportunités du terrain (secteurs, zones) et en plaçant les éléments les uns par rapport aux autres. On parle de placement relatif.

Le placement relatif doit bien prendre en compte les relations que chaque élément aura avec les autres éléments du système. Sans oublier que chaque élément doit remplir une ou plusieurs fonctions (et chaque fonction doit être remplie par plusieurs éléments). Le but est de favoriser un maximum d’interactions positives. Le système ainsi créé sera alors plus productif et plus résilient, c’est-à-dire capable de surmonter les crises.

Pour bien faire on procède à l’analyse fonctionnelle des éléments :

  • Quelles sont les besoins en ressources de l’élément ?
    • ex : besoin de lumière
  • Quelles ressources sont produites par l’élément ?
    • ex : génère de l’ombre

A partir des objectifs on définit les fonctions et à partir des fonctions on définit les éléments.

Pour savoir par où commencer on peut utiliser l’échelle de permanence de P.A. Yeomans.

4. Les techniques de permaculture

Il est important de comprendre que la permaculture est ou monde ouvert qui se nourrit des meilleures techniques, qu’elles soient très anciennes voire oubliées, ou qu’elle soient plus modernes. L’important c’est qu’elles respectent l’éthique et les principes de conception. Voici quelques exemples :

5. Les connaissances sur la nature

Connaître la nature est très utile pour un permaculteur. Par exemple savez-vous comment fonctionne la pollinisation ? C’est plus complexe qu’il n’y parait. Et vous avez intérêt à bien la comprendre avant de planter vos arbres fruitiers par exemple.

La mise en oeuvre

Pour la mise en oeuvre on commencera si possible avec ce qui peut générer de l’énergie, puis on créera ce qui économise l’énergie et on terminera avec ce qui consomme l’énergie.

Apprendre et se former à la permaculture

Apprendre la permaculture quand on part de zéro peut paraître relativement difficile.

Un jardinier aguerri aura déjà des connaissances sur les plantes, sur le sol, l’arrosage, etc. C’est-à-dire des bases sur les techniques. Pour lui, il est beaucoup plus facile et rapide d’apprendre la permaculture.

Donc quand on part de zéro tout peut être rebutant. La théorie peut paraître trop théorique ou trop vaste. Les méthodes de design ne sont pas si faciles que cela à mettre en oeuvre. Quand aux techniques elles sont finalement peu abordées dans les contenus sur la permaculture (livre, vidéo…).

Dans certains contenus on nous dit juste de faire comme ça et que le résultat sera permacole, mais on ne nous explique pas ce qui fait que c’est vraiment permacole.

Alors rappelez-vous : le plus important c’est de commencer petit. Se fixer un petit objectif (avoir une première production plutôt que devenir tout de suite autonome en fruits et légumes). Commencer avec un légume et apprendre autour de ce légume : Quand le planter ? Dans quel type de sol ? A-t-il besoin de beaucoup de soleil ? Comment arroser ? Avec quelles autres plantes l’associer ?

Voici un rappel des types de connaissances qui peuvent être utile pour un permaculteur :

  1. Les principes éthiques
  2. Les principes de conception
  3. Les démarches et méthodes utilisées pour le design
  4. Les techniques pour cultiver
  5. Les connaissances fondamentales

On peut commencer par l’un ou l’autre, mais il est important de bien comprendre les 3 principes éthiques car il doivent être au coeur de la démarche de tout permaculteur.

Mooc et cours en ligne

Pour tout ceux qui ne sont pas encore près à s’investir dans CCP (voir ci-dessous) mais qui sont quand même prêts à consacrer quelques heures pour approfondir le sujet de la permaculture il existe un excellent MOOC gratuit créé par l’Université Colibris : https://colibris-universite.org/.

(Santé des plantes : https://www.jardiner-autrement.fr/le-mooc-sante-des-plantes-de-lobservation-au-diagnostic/ (Gratuit))

Le CCP pour se former à la permaculture

Un PDC (en anglais Permaculture Design Course) ou CCP pour Certificat de Conception en Permaculture est un cours standardisé de design en permaculture. Il dure au minimum 72h et une part importante des contenus est basée sur un standard international (proposé par les fondateurs de la permaculture). Chaque centre de formation peut plus ou moins librement adapter le contenu et la forme de la formation.

Quelques centres de formation :

Se former à la permaculture humaine, collective, sociale…

L’Université Collaborative Internationale de la Transition (UCIT https://www.universitetransition.org/) propose une formation en ligne. Elle permet d’aider les collectifs à poser leur vision, s’organiser, etc.

L’écolieu Grain & Sens propose une formation à la permaculture humaine : https://www.grainandsens.com/new-events/2020/3/7/permaculture-humaine-piloter-sa-vie-et-ses-projets-introduction-7365r

Il existe beaucoup d’outils. On peut en retrouver quelques-uns dans le livre de Robina McCurdy Faire ensemble – Outils participatifs pour le collectif (traduit en français).